De l’eau en pot, trésor à enterrer : idée pour irriguer, DES JARRES AU

De l’eau en pot, trésor à enterrer  : idée pour irriguer,  DES JARRES AU


Face aux sécheresses de plus en plus longues et régulières, jardiniers et amis des plantes cherchent des solutions durables et résilientes. Après le paillage, qui permet de limiter l’évaporation de l’eau par l’apport de matières organiques, focus sur une technique ancestrale : l’irrigation par jarre.

Certains modèles sont enterrés, d'autres semi enterrés. ©Frédéric Bidault Oya environnement

Que faire quand la terre a soif ? Comment s’assurer qu’elle pourra siroter aisément malgré les chaleurs futures au jardin ? En enterrant de l’eau, pardi ! On la place directement dans des pots en argile que l’on pose sous terre. Il s’agit de l’irrigation par jarre. Par nature poreux, ces pots vont laisser s’échapper l’eau progressivement dans le sol et ainsi arroser peu à peu les plantes à proximité. Mieux : l’argile ne laisse sortir l’eau que quand la terre proche est sèche. Une vraie prouesse low-tech, aussi efficace que les systèmes d’arrosage électroniques et en plastique !

L’utilisation de techniques de ce type a été documentée depuis plusieurs millénaires en Chine et en Afrique du Nord. Elle a fait l’objet de nombreuses études et analyses scientifiques depuis les années 1960 (publiées ici et  notamment), qui confirment son efficacité. Bilan : elle réduit les besoins en arrosage de 50 à 80 % tout en assurant à la plante une humidité constante. En prime, elle permet d’espacer les arrosages : il suffit en moyenne de remplir son pot en terre cuite une fois par semaine.

Carrière dans la terre

En France, deux entreprises produisent ces jarres d’irrigation, du petit modèle destiné aux jardinières aux modèles XXL adaptés aux arbres. C’est le cas du potier Laurent Jamet, installé à Loudun (Vienne) : Ce sont des jardiniers amateurs qui m’ont parlé de ce genre de procédé au début des années 2010. J’ai commencé à chercher à en fabriquer, j’ai mis deux ans à trouver la meilleure façon de les produire, notamment la bonne terre brute de carrière pour trouver la bonne porosité.

Aujourd’hui, Laurent Jamet produit chaque année plus de 20?000 de ces poteries, commercialisées sous le nom de « ollas ». Celles-ci sont utilisées et recommandées par le jardinier et permaculteur Xavier Mathias, qui explique : Nous travaillons surtout avec des modèles de 6 litres et des 9 litres. C’est notamment très pratique pour les couches en lasagne qui ont tendance à sécher très rapidement. C’est spectaculaire pour les tomates, aubergines, courgettes, courges, poivrons. Plusieurs collectivités et municipalités françaises ont aussi déjà été convaincues par ces ollas.

Il suffit de remplir son pot environ une fois par semaine. ©Jamet Laurent/poterie Ollas Jamet

À Saint-Jean-de-Fos, au nord-ouest de Montpellier, dans un village de tradition potière, Frédéric Bidault a lui créé Oya environnement, une entreprise sociale et solidaire. Avec l’aide de plusieurs potiers de la région, il a développé lui aussi ses modèles de pots en terre cuite, les oyas. En 2020, ils devraient commercialiser 150 000 pièces, toujours en s’appuyant sur les professionnels et les savoir-faire de la région. Il résume sa démarche : C’est une solution très technique, il faut la bonne argile rouge, la bonne forme de pot, la bonne épaisseur de pot, la bonne température de cuisson pour trouver la meilleure microporosité de la terre cuite. Mais c’est aussi une solution simple d’utilisation, locale, fait-main, made in France et avec des matériaux 100 % naturels et non nocifs.

De nombreux jardiniers proposent des tutoriels en ligne pour fabriquer soi-même son système d’arrosage à partir de pots en terre cuite récupérés. Certains proposent de boucher le trou d’un pot en terre cuite avec un bouchon en liège et de refermer le tout à l’aide d’une coupelle. D’autres recommandent d’assembler deux pots en terre cuite avec du ciment-colle et de ne laisser qu’un trou accessible pour le remplissage. Prudence toutefois. Ces pots n’étant pas conçus pour cet usage, il faudra d’abord vous assurer qu’ils sont bien poreux. Pour ce faire, il suffit de les remplir et de voir si l’eau s’en écoule bien. Il faudra ensuite veiller à ce que l’eau ne s’écoule ni trop vite ni trop lentement et à ce que le gel ne puisse pas les briser. Alors vous pourrez à votre tour essaimer cette pratique millénaire dans votre propre potager.

La méthode fonctionne aussi pour les plantes en pot. ©Frédéric Bidault Oya environnement

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